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Bertrand ROBERT

12/08/2010
09:57
L'Apologie des vieilles anglaises
J'ai trouvé ca sur un autre forum, et ai trouvé ca plutôt chouette. peut être est que cela a déja été posté, mais la lecture en vaut le coup,
Bertrand

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" La voiture anglaise est peut-être une idée, ou bien une réflexion sur le monde, ou encore un point de vue sur l'existence, mais certainement pas un moyen de transport. Acquérir un engin de cette sorte signifie implicitement renoncer une fois pour toutes à la conduite automobile. Car une voiture anglaise n'est pas faite pour rouler. Elle n'a jamais été conçue ni construite pour cela. En revanche - ceux qui en possèdent l'attestent avec l'½il brillant des flagellants -, elle a été savamment mise au point pour vous compliquer la vie, ruiner graduellement votre confiance, votre épargne, tout en salissant sournoisement votre garage. C'est bien le propre d'une voiture anglaise - quelle que soit son extraction - que de goutter, de suppurer, de perdre toutes sortes de liquides lubrifiants ou refroidissants. A voir ces traces brunâtres et récurrentes sur les sols des abris, on dirait que le moteur ou la boîte ont été pensés, imaginés autour de la fuite, dessinés pour sublimer ce goutte-à-goutte têtu et raffiné dont aucune clé, fût-elle six pans, ne vint jamais à bout. En fait, tout se passe comme si les Anglais avaient fabriqué des voitures humides pour se fondre dans les rideaux de pluie. En réalité, les Britanniques ont inventé la voiture domestique, cette sorte d'animal mécanique qui déteste prendre de l'exercice mais n'aime rien tant que de vieillir au plus près des hommes. Tout en gardant une certaine valeur. Car, si les anglaises flanchent sur les déplacements, elles ont en revanche le mérite de devenir souvent avec l'âge de bons petits placements. Si on la considère de ce point de vue - celui de l'énurétique animal de compagnie -, la voiture anglaise prend alors du sens. Je parle bien évidemment là des véritables anglaises d'époque, et non point de ces mauvaises répliques d'aujourd'hui assemblées par de bien peu fantaisistes repreneurs américano-germaniques. Je parle de celles dont la première craque, dont la seconde, troisième et quatrième ne passent pas, celles qui ne démarrent jamais le matin et rarement le soir, celles qui sont équipées de carburateurs SU, d'allumeurs Lucas, et de compteurs Smith, et d'overdrive Laycock, autant d'équipements funestes mis au point par des compagnies loufoques, malfaisantes et nuisibles qui ont cependant, un temps, fait la gloire et conforté l'image de l'industrie automobile outre-Manche confite dans les plis de ses cuirs. Je parle de toutes ces voitures splendides qui flattaient l'½il autant que l'odorat.

Lorsque l'on s'asseyait à l'intérieur de ces berlines, de ces coupés ou de ces cabriolets, il s'en dégageait toujours une odeur de sous-bois, un parfum indéfinissable, mélange de pourriture noble, de moquette humide et d'huile de boîte rancie. Bien sûr, chaque marque, chaque modèle avait sa propre fragrance, mais il demeurait une base, une effluence commune. Et c'est là, dans la position du rêveur flairant, que vous perdiez la tête, la narine frémissante, la main flattant le Connoly, l'½il voletant sur l'érable moucheté et les chromes des poignées. Et vous fermiez les yeux, et vous aviez des grillons dans la tête, et quelque chose vous disait que vous alliez parcourir le monde dans ce canapé à ressorts hélicoïdaux dont le marchand ne cessait de vous vanter la souplesse. Et vous faisiez alors un chèque, un chèque sans fin, pour acquérir à la fois une nationalité qui vous était étrangère et un sentiment d'îliens qui n'avait qu'un lointain rapport avec la mer. Et vous pensiez acheter une Jaguar, une MG, un Triumph, une Sunbeam, une Borgward, ou une Healey, bref un petit peu plus qu'une automobile, alors que vous veniez de devenir propriétaire d'une tonne d'emcacaments équitablement répartis sur chaque essieu. Mon garagiste spécialisé me parle souvent des Jaguar XJ 6. Il les parque toutes dans le même coin de son atelier, sorte de pavillon des contagieux, et les appelle ses boîtes à chagrin. " Quand on voit comment c'est fabriqué, on se demande comment ça peut rouler. " Mon garagiste est un homme pragmatique. Quand il évoque la XJS 12, il dit : " La six, c'était un six-cylindres. La 12, je vous laisse faire le compte, c'est les mêmes soucis multipliés par deux. " Et pourtant, si l'on considère ces voitures pour ce qu'elles sont, des véhicules de garage, des pur-sangs immobiles, des petits salons d'ambassade, des fragments de Commonwealth, des exercices d'ameublement, des coques d'élégance, des noyaux de bon goût, alors, tout va bien. C'est lorsque vous mettez le contact et que vous ambitionnez de vous rendre d'un point à un autre que l'exercice se gâte et que la machine se grippe. Je sais de quoi je parle. J'ai pratiqué ce sport qu'est la panne anglaise durant une quinzaine d'années. J'ai été successivement trahi par deux Austin 1300, abandonné par une TR4 IRS, plaqué par une Sunbeam, ridiculisé par une Triumph Vitesse 6, humilié par une MGB qui alla jusqu'à s'enflammer, spontanément, moteur coupé, à l'arrêt, dans le garage. Toutes ces voitures ont passé plus de temps chez le réparateur qu'avec moi sur les routes. Toutes étaient séduisantes au point qu'après chaque panne j'avais la conviction que nous repartions, elles et moi, sur de nouvelles bases. Toutes avaient cette odeur caractéristique qui inspirait confiance. Toutes étaient splendides sous la pluie. Toutes rouillaient inexorablement. Toutes avaient quelque chose d'humain. Toutes m'ont lâché du jour au lendemain.
Ce n'est que vers la fin que j'ai compris l'usage qu'il fallait faire de ces fauteuils de jardin. Le soir, je sortais le cabriolet sur la pelouse, j'abaissais la capote, j'allumais une cigarette et la radio, puis, voyageur immobile, je fumais en regardant passer l'été dans le ciel. Aujourd'hui, j'ai fait l'acquisition d'un petit roadster japonais. Il est parfaitement étanche. Le matin, je démarre, été comme hiver. Le mélange air-essence est géré par un processeur. Le chauffage chauffe, le ventilateur souffle, les vitesses passent en douceur, la consommation est raisonnable, la tenue de route irréprochable. Je ne fréquente plus aucun mécanicien. J'ai annulé mon assurance dépannage. Bref je roule en automobile. Autrement dit, je m'em......."
Huricanne

12/08/2010
10:04
re : L'Apologie des vieilles anglaises
Merci Bertrand, sympa, mais déja posté ici :

http://amicalespitfire.fr/cyberspit/index.php?lecture=111689&debut=60
Bertrand ROBERT

12/08/2010
10:36
re : L'Apologie des vieilles anglaises
Ahhh ! en effet ...
roland p

12/08/2010
10:39
re : L'Apologie des vieilles anglaises
c'etait surement pas un expert en cle de 13 pardon 1/2 " mais c'est pas loin de la verité
jean-luc60 *

12/08/2010
11:27
re : L'Apologie des vieilles anglaises
Mouais...ben je dois être maso alors ! parce que j'adore ma spit ( qui démarre, ne fuit pas tant que ça, dont l'overdrive est génial, les carbus pas si compliqués que ça à régler finalement...) ... et dans mon picasso quotidien y a toujours un truc qui déconne et je m'y emm.... !
c'est grave docteur? faut p'tête que je me fasse naturaliser grand breton.....
ollin01 *

12/08/2010
11:34
re : L'Apologie des vieilles anglaises
C'est long mais c'est bon
et tellement vrai………….


Arnaud13

12/08/2010
12:03
re : L'Apologie des vieilles anglaises
Je croyais que c'éait pour tout ça qu'on les avais achetés!
Et maintenant c'est elles qui nous possèdent, ah les femmes...
Moi aussi je m'emm... dans ma xsara mm à 160...
roland p

12/08/2010
15:13
re : L'Apologie des vieilles anglaises
avoir possedé et changé autant de voitures ( m^me d'exeption ) en seulement 15 ans c'est un manque de maturité et c'etait juste pour épater la galerie s'il n'ouvrait jamais le capot , pas etonnant qu'elles lui faisaient des farces , faut dire aussi qu'il y a toujours quelque chose a faire sur ces voitures rustiques , je ne vous parlerait pas en details( trop long ) de ma regretée cortina 1500 gt de 1966 que j'ai reussi a garder 17 ans avant qu'on me la plie il n'y a pas un boulon qui m 'etait inconnu en passant par la sellerie moquettes , tôlerie . peinture , etc , en dehors de toutes ces tracasseries plus ou moins graves ça roulait super bien et a l'anglaise bien sûr ,.
Michel63 *

12/08/2010
20:29
re : L'Apologie des vieilles anglaises
@ Bertrand ROBERT
... et va écouter, sur le lien qu'a mis Huricanne, un autre lien audio posté par Bébert le 13/12/2010 10:05...
marcassinou *

12/08/2010
20:46
re : L'Apologie des vieilles anglaises
Juste pour montrer que j'ai lu:Borgward (Isabella) était allemande.
Chris92

12/08/2010
20:48
re : L'Apologie des vieilles anglaises
@ tous et @ Marcassinou,

Moi aussi concernant Borgward..

Chris
normand 50

12/08/2010
22:18
re : L'Apologie des vieilles anglaises
c'est passer d'une femme à une geisha !
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